L'énergie à l'agenda des législatives 2026 : neuf questions en attente de réponse des partis

L'énergie à l'agenda des législatives 2026 : neuf questions en attente de réponse des partis
مقالات رأي / الأربعاء 02 شتنبر 2026 / لا توجد تعليقات:

BADR AMILI/Ingenieur d'état en énergies renouvelables paris

Les répercussions des tensions inquiétantes au Moyen-Orient et de la guerre persistante entre l'Ukraine et la Russie continuent de peser sur les prix de l'énergie à l'échelle mondiale. Le Maroc, qui importe la quasi-totalité de son besoin énergétique, n'échappe pas à cet impact, une réalité qui devrait occuper une place centrale dans les programmes des partis à l'occasion des échéances du 23 septembre 2026.

Depuis fin février, la situation au Moyen-Orient a connu une escalade sans précédent qui s'est étendue au détroit d'Ormuz, théâtre d'une confrontation croissante entre les Etats-Unis et Israël d'un côté, l'Iran de l'autre, autour de ce passage maritime par lequel transite environ un baril de pétrole sur cinq transportés par voie maritime dans le monde. Plusieurs pétroliers ont essuyé des attaques début juillet. Le baril, qui évoluait autour de 80 dollars avant l'escalade de fin février, a bondi de plus de 30% en quelques jours pour dépasser les 120 dollars au printemps, avant de refluer vers les 80-82 dollars fin août. Quant à la guerre en Ukraine, elle avait fait bondir le prix du gaz en Europe jusqu'à environ 350 €/MWh à l'été 2022, avant un net reflux sous les 30 €/MWh en 2024 ; les prix sont repartis à la hausse depuis début 2026, cette fois sous l'effet de la crise au Moyen-Orient, tandis que le conflit ukrainien continue, lui, de perturber les voies d'exportation du pétrole russe. Deux chocs distincts, à des moments différents, qui se recoupent aujourd'hui.

Pour le Maroc, il ne s'agit pas d'une question purement théorique. La crise au Moyen-Orient seule pourrait alourdir la facture énergétique du Royaume de près de 20 milliards de dirhams cette année, selon les estimations de l'économiste Abdellatif Komat. Une facture qui avait pourtant reculé de 5,5% en 2025 pour atteindre environ 107 milliards de dirhams, ce qui montre que la situation peut se retourner rapidement et que l'Etat se trouve contraint d'absorber la différence.

Parmi les effets les plus tangibles de cette crise figure l'impact sur le secteur agricole. Les engrais marocains produits par l'Office Chérifien des Phosphates (OCP) nécessitent de l'ammoniac, une substance fabriquée à partir de gaz naturel que le Maroc importe en grande quantité des pays du Golfe. Depuis le déclenchement de la crise au Moyen-Orient, son prix a fortement augmenté, entraînant une baisse de 7% du chiffre d'affaires du groupe au premier trimestre 2026. La hausse touche aussi l'alimentation : les prix mondiaux du blé ont progressé de 4,3% en mars 2026, l'indice FAO des prix alimentaires atteignant alors son plus haut niveau depuis un an, tiré par la flambée des coûts de l'énergie. Le Maroc reste toutefois relativement protégé sur ses propres exportations de phosphate brut, qui transitent par les ports atlantiques de Jorf Lasfar et Safi, à l'écart du détroit d'Ormuz. Au-delà de l'agriculture, la hausse du gaz se répercute aussi sur la pétrochimie et la pharmacie, deux secteurs fortement consommateurs de dérivés du pétrole et du gaz.

Le secteur des hydrocarbures est également touché. Le Maroc importe actuellement près de 90% de l'ensemble de ses besoins énergétiques et en hydrocarbures de l'étranger.

Cette vulnérabilité se manifeste aussi au niveau des stocks stratégiques. Le Maroc est censé garantir une réserve de 60 jours, alors que les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie visent au moins 90 jours pour faire face aux chocs géopolitiques et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement. Le Maroc reste loin de ces standards. Des experts estiment que le renforcement de ces capacités de stockage nécessiterait des investissements avoisinant les 20 milliards de dirhams.

C'est dans ce contexte précis que le projet de gazoduc reliant le Nigeria au Maroc a franchi une étape importante : le 19 juillet, les pays d'Afrique de l'Ouest ont signé l'accord intergouvernemental encadrant ce projet s'étendant sur des milliers de kilomètres, censé acheminer le gaz nigérian vers le Maroc puis vers l'Europe. Le Maroc doit encore le signer officiellement. Les premières livraisons ne débuteront pas avant 2031 : un projet à long terme, mais dont les décisions se prennent dès aujourd'hui. Le Maroc mise également sur les énergies renouvelables, qui représentent désormais 39,6% de sa capacité électrique installée fin 2025, avec pour objectif d'atteindre 52% d'ici 2030, un cap qui a déjà attiré plus de 38 milliards de dollars d'investissements étrangers depuis 2003.

Cette dépendance structurelle n'est pas un sujet nouveau. En 2021, année des dernières législatives, le Maroc importait déjà près de 90% de son énergie fossile, l'un des taux les plus élevés d'Afrique. Pourtant, l'énergie n'avait occupé qu'une place marginale dans les programmes électoraux des partis lors des scrutins de septembre 2021, se limitant à des formules vagues autour de la « transition énergétique » et à une présence timide dans leurs plateformes. Cinq ans plus tard, face aux crises précitées qui ont pesé sur la situation économique et le pouvoir d'achat des Marocains, il est désormais impératif que les partis marocains se saisissent de cette problématique et proposent des alternatives en répondant aux questions ci-dessous.

À quelques semaines d'une nouvelle échéance électorale, nous souhaitons que les partis exposent leurs visions et apportent des réponses aux questions suivantes :

Quelle stratégie le Maroc doit-il adopter pour construire une véritable souveraineté énergétique et s'affranchir, à terme, des chocs géopolitiques qui pèsent aujourd'hui sur ses besoins en énergie ?

Quel est le plan pour diversifier les sources d'approvisionnement énergétique extérieur du Maroc, afin de ne plus dépendre d'un seul acteur ou d'un nombre restreint de partenaires ?

Quel est le plan pour développer les capacités de stockage ?

Existe-t-il un plan concret pour sortir totalement du charbon dans la production d'électricité (l'objectif officiel est fixé à 2040) ?

Le gaz naturel restera sans doute nécessaire pour sécuriser le réseau électrique à moyen terme, tandis que le Maroc a récemment affiché son intérêt pour le nucléaire civil, notamment via les petits réacteurs modulaires évoqués pour le dessalement (sommet international sur l'énergie nucléaire, Paris, mars 2026) : quels garde-fous les partis proposent-ils pour que le gaz reste une solution de transition plutôt qu'une dépendance durable, et considèrent-ils le nucléaire comme une piste crédible à long terme pour diversifier le mix électrique ?

Comment concilier le coût de la transition énergétique (investissements massifs) et la protection du pouvoir d'achat des citoyens face à la hausse des factures d'électricité ?

Comment relier les projets d'énergies renouvelables au développement local dans les oasis, les zones de montagne et les régions côtières ?

Quel est le plan pour créer des emplois pour les jeunes en localisant la fabrication de composants énergétiques (panneaux solaires, turbines, équipements gaziers ou de stockage) au niveau national ?

Le gazoduc Nigeria-Maroc et les ambitions autour de l'hydrogène vert posent une question de fond : quelle est la position des partis sur la transformation du Maroc en plateforme régionale d'exportation d'énergie (via des ports comme Nador et Tanger Med) vers l'Europe, et cette ambition doit-elle passer après, ou de pair avec, la sécurisation des besoins domestiques ?

Ces questions permettent une comparaison objective entre les programmes, plutôt que de se contenter de slogans généraux sur la « transition énergétique » ou l'« indépendance énergétique ». Elles imposent à chaque parti de présenter des mécanismes de mise en œuvre et de financement clairs, en phase avec l'appel croissant dans le débat politique marocain à des programmes « réalisables et finançables », plutôt qu'à des promesses conjoncturelles.

Dans l'attente de la publication des programmes des partis, nous y reviendrons.

PARIS

BADR AMILI 

Ingénieu

r d'État en énergies renouvelables


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